Numéros 52, 53, 54

n° 53 –  n° 54

n° 52

Varia

couverture n° 52Éditorial

Articles de recherche Research papers

Varvara Ciobanu-Gout
La professionnalisation du créateur d’entreprise : entre la découverte du monde de l’entreprise et la découverte de soi

Catherine Archieri et Pierre-Yves Jaouen
Configurations d’action de formation à l’épreuve de l’approche sociotechnique : étude de cas dans un FabLab

Fanny Dubois
Le développement des compétences des dirigeants d’entreprise de tourisme sportif : le rôle des objets techniques et du processus de genèse instrumentale 

Charlotte Dejaegher, Stéphanie Noël, Jonathan Rappe, Marine André, Yves Depluvrez et Patricia Schillings
Étude du développement professionnel de futurs formateurs d’enseignants disposant d’une expérience d’enseignant en secondaire inférieur

Enjeux théoriques

Stéphane Simonian
Approche écologique des environnements instrumentés : comprendre le phénomène d’affordance socioculturelle

Comptes rendus de lecture

Iona Boanca et Sylvain Starck (dir.) (2019). Les compétences transversales : un référent pertinent pour la formation. Recherches en éducation, n° 37 (par Florence Tardif Bourgoin)

Patrick Obertelli et Richard Wittorski (dir.) (2019). La recherche en sciences humaines et sociales et les enjeux de sociétés. Nîmes : Champ Social, coll. « Formation des adultes et professionnalisation », 174 p (par Florence Tardif Bourgoin)

Joris Thievenaz (2019). Enquêter et apprendre au travail : approcher l’expérience avec John Dewey. Dijon : Raison et Passions, 343 p (par Véronique Tiberghien)

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Éditorial

La présente livraison de ce numéro 52 est caractérisée par ses Varia car en lieu et place de la traditionnelle Note de synthèse, les Varia sont composés de quatre articles de recherche suivis par une contribution référencée dans Enjeux théoriques, ainsi que trois comptes rendus de lecture. Si pour cet ensemble de cinq contributions, on avait à retenir les mots clés qui les constituent, assez facilement sortiraient de notre besace : formation, professionnalisation, compétences, expérience. Muni de cette boussole aux quatre pôles, laissons le lecteur pérégriner d’un texte à l’autre, en s’appuyant s’il le souhaite sur les synopsis qui suivent.
Le premier texte s’intéresse à La professionnalisation du créateur d’entreprise entrevue à travers le lien instauré entre la découverte du monde de l’entreprise et la découverte de soi. À travers cette double découverte, V. Ciobanu-Gout de l’Université de Toulouse s’intéresse aux apprentissages expérientiels et existentiels que réalise tout entrepreneur pendant les premières années d’expérience de sa profession. Cette professionnalisation par l’expérience comporte en même temps une dimension existentielle à travers une découverte de soi-même et de son rapport au monde. Une telle professionnalisation du créateur d’entreprise tient sa pertinence du développement actuel d’une société entrepreneuriale matérialisée par l’expansion de plus en plus marquée de la petite entreprise à travers notamment la création d’entreprise. Ici la construction professionnelle du créateur d’entreprise est appréhendée par le recours à la méthode biographique à travers une enquête ethnosociologique analysée par la théorie ancrée : six dirigeants d’entreprise ont été retenus à partir de leur récit de vie. De cette enquête, il ressort que les dirigeants interrogés, anciens créateurs d’entreprise, laissent entendre que leur professionnalisation de créateur a surtout été tributaire de leur histoire personnelle.

Une seconde contribution de C. Archieri et Pierre-Yves Jaouen (Université de Bretagne occidentale) s’intéresse à la Configuration d’action de formation à l’épreuve de l’approche sociotechnique à travers une étude de cas dans un FabLab (laboratoire de fabrication) qui entend rompre avec la transmission traditionnelle du savoir en offrant des espaces dédiés à l’apprentissage par le faire. Les usagers du FabLab ici choisis sont soit des étudiants de formation initiale et continue, soit des enseignants-chercheurs, soit des manageurs.
Trois configurations d’action ont été étudiées : le temps de remobilisation du contenu de formation, les points d’étape sur l’avancée des projets des étudiants, les actions de communication informelle. Les finalités de la présente étude entendent viser le faire ensemble à travers des pratiques de collaboration et de partage, de création et de maintien d’une communauté d’utilisateurs. À ce titre, les FabLabs font partie des environnements de formation depuis les années 2000 dans l’Enseignement supérieur en mettant sur pied des configurations d’actions de formation potentiellement génératrices d’apprentissage. Elles s’efforcent de faire émerger l’innovation dans sa dimension complexe et multiforme, amenant à s’interroger sur la manière de créer.

Dans un troisième article, F. Dubois appartenant à l’INU Champollion et à l’Université fédérale de Toulouse s’intéresse au développement des compétences des dirigeants d’entreprise de tourisme sportif et plus spécialement au rôle des objets techniques et du processus de genèse instrumentale. Dans l’étude de cas que nous propose l’auteur, il est question de l’usage et de l’appropriation d’outils numériques, susceptibles d’être à l’origine de la diversification des compétences des professionnels par le fait de susciter une activité réflexive. Saisir le rôle des objets techniques dans le développement des compétences des professionnels à partir de l’approche instrumentale d’objets techniques implique l’appropriation de schémas d’utilisation définis de ces objets. L’activité touristique se caractérise aujourd’hui par une forte dynamique innovante liée à l’évolution des comportements des clients et des différentes formes de consommation, ce qui impose aux professionnels du tourisme d’adapter leur offre et leurs méthodes commerciales et managériales car le développement des compétences liées aux nouvelles technologies (logiciels de réservation, gestion des stocks, comptabilité…) représente un enjeu majeur. L’étude de cas sur laquelle repose la présente étude essaie de montrer comment l’utilisation d’un objet technique peut générer l’incorporation de nouveaux savoirs et savoir-faire susceptibles de permettre de diversifier les compétences des acteurs du tourisme sportif.

Un collectif d’auteurs (Ch. Dejaegher, S. Noël, J. Rappe, M. André, Y. Depluvrez et P. Schilling) (Université de Liège) dans le quatrième article s’est intéressé au cours intitulé Didactique professionnelle et formation initiale des enseignants dispensé dans le cadre du Master en Sciences de l’éducation destiné aux étudiants-enseignants. Ceux-ci sont conduits à animer dans le contexte de ce cours un temps de micro-enseignement suivi d’un entre- tien avec une accompagnatrice. La recherche ici en question vise à étudier les phases de développement identitaire par lesquelles passent les futurs formateurs d’enseignants lorsqu’ils vivent sur le mode quasi professionnel cette situation du micro-enseignement et l’entretien réflexif qui la suit. Cinq futurs formateurs d’enseignants ont été retenus pour cette recherche à propos de laquelle il leur a été demandé de participer à un entretien d’explicitation portant sur leur expérience vécue de micro-enseignement. Dans le cadre de l’analyse ultérieure des cinq entretiens recueillis est recherchée l’influence possible de trois facteurs susceptibles d’impacter le développement identitaire des futurs formateurs. Ces trois facteurs ont trait respectivement à l’effet du développement opératif, à l’influence d’une expérience d’enseignant dans le secondaire et à l’influence des types d’intervention adoptés par l’accompagnatrice lors de l’entretien.

Au titre des Enjeux théoriques, S. Simonian de l’Université de Lyon 2 dans son papier Approche écologique des environnements instrumentés : comprendre le phénomène d’affordance socioculturelle met en débat la question de l’affordance à travers l’intérêt qu’il lui porte. L’affordance est un néologisme d’origine anglo-saxonne signifiant potentialité. Ce concept se donne à comprendre comme médiation instaurée par un sujet entre lui-même et son environnement, en recourant à l’une ou l’autre potentialité à sa disposition pour entrer en relation avec son environnement en vue de mieux agir sur ce dernier. Il s’agit en effet pour le sujet de mettre en tension le but qu’il poursuit avec l’environnement dans lequel il évolue et qui tend toujours à lui échapper. L’affordance est donc cette identification perceptive d’un artefact facilitateur en vue d’en faire un instrument qui constitue une possibilité offerte pour lui permettre d’atteindre le but visé. Pour parvenir au but qu’il s’est fixé, le sujet peut recourir à une affordance perçue comme facilitatrice ou au contraire à une affordance perturbatrice qu’il s’agit alors d’éloigner de lui.
Le type d’environnement affordant appréhendé ici concerne surtout l’environnement socioculturel au regard de l’expérience du sujet. Il est appréhendé à travers l’approche écologique que tente de pratiquer Simonian pour constituer un cadre d’analyse holistique à partir d’une relation triangulaire sujet-artefact-environnement.

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Communications de recherche
résumés

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Varvara Ciobanu-Gout

  • Docteur en Sciences de l’éducation, chercheure associée UMR EFTS Université Toulouse Jean Jaurès

La professionnalisation du créateur d’entreprise : entre la découverte du monde de l’entreprise et la découverte de soi

Résumé : Cette étude approche la professionnalisation des dirigeants d’entreprise sous un angle inédit, celui des apprentissages expérientiels et existentiels que l’entrepreneur acquiert pendant les premières années d’expérience dans cette profession. Elle est fondée sur une enquête narrative menée auprès de dirigeants spécialisés dans la cosmétique biologique. Le cadre théorique de l’analyse des données récoltées est celui de la construction biographique des apprentissages. Les résultats de cette enquête montrent que la professionnalisation du dirigeant d’entreprise se déroule différemment selon son histoire personnelle. La professionnalisation a une dimension existentielle car elle requiert une découverte de soi-même et du rapport que l’entrepreneur entretient avec le monde.
Mots clés : entrepreneuriat, professionnalisation, apprentissages expérientiels, biographie

The professionalisation of company leaders: between discovering the business world and self-discovery

Abstract : This study deals with the professionalisation of company leaders from an innovative point of view, namely the entrepreneur’s experiential and existential learning during his/her first years in this capacity. It is based on a narrative investigation carried out with chief executive officers of organic cosmetics companies. The data are analyzed within the theoretical frame- work of learning biography. The results show that the professionalisation of company leaders varies according to their personal stories. The professionalisation process has an existential dimension as it implies a double discovery of the entrepreneur’s self and his/her relationship with the world.
Keywords: entrepreneurship, professionalisation, expériential learning, biographie.

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Catherine Archieri & Pierre-Yves Jaouen

  • Maître de conférences titulaire Université de Bretagne Occidentale (UBO) Faculté des sciences du sport et de l’éducation Sciences de l’éducation (70e section CNU) CREAD EA 3875
  • Fablab manager Université de Bretagne Occidentale (UBO) Open Factory

Configurations d’action de formation à l’épreuve de l’approche sociotechnique : étude de cas dans un FabLab

Résumé : On assiste actuellement à la multiplication de nouveaux espaces de formation technologiques à l’université : les FabLabs. Leur vocation éducative est de rompre avec la transmission traditionnelle du savoir et d’offrir des espaces dédiés à l’apprentissage par le faire. L’étude présentée dans cet article est consacrée à l’analyse des configurations d’action de formation repérables dans un FabLab universitaire. Elle a été conduite à partir de l’approche sociotechnique développée par Albero (2010a/b/c) afin de repérer les conditions de travail potentiellement génératrices d’apprentissages et de transformations chez des étudiants usagers de l’UBO Open Factory. Une recherche empirique a été menée pour accéder aux différents modes d’engagement qui préfigurent l’activité des usagers du FabLab (étudiants de formation initiale et continue, enseignants-chercheurs, personnels dédiés). Trois configurations d’action de formation ont été étudiées : a) les temps de remobilisation de contenus de formation, b) les points d’étape sur l’avancée des projets des étudiants, c) les actions de communication informelles. Les résultats illustrent que des environnements de type FabLab, de par leur potentiel capacitant, encouragent, à certaines conditions, la réalisation d’une action conjointe sans doute fondatrice et prometteuse à l’université : le co-développement.
Mots clés : FabLab, approche sociotechnique, enseignement supérieur, conditions d’activité collective, processus d’apprentissage

Analysis of training action configurations based on the socio-technical approach: case study in a FabLab

Abstract : We are currently witnessing the multiplication of new technological training spaces in universities: the FabLabs. Their educational vocation is to break with the traditional transmission of knowledge and to offer spaces dedicated to “learning by doing”. The study presented in this article analyses training action configurations that can be identified in a university FabLab. It was conducted on the basis of the socio-technical approach developed by Albero (2010a/b/c) in order to identify the working conditions that could potentially generate learning and transformation among students using the UBO Open Factory. Empirical research was conducted to access the different modes of engagement that prefigure the activity of FabLab users (students in initial and in-service training, teacher-researchers, dedicated staff). Three training action configurations were studied: a) remobilization times for training content, b) progress reports on the status of students’ projects, c) informal communication actions. The results illustrate that FabLab-type environments, by virtue of their capacity-enhancing potential, encourage, under certain conditions, the realization of a collaborative action that is undoubtedly destined to be a driving force in universities: co-development.
Keywords: FabLab, socio-technical approach, higher education, conditions of collaborative activity, learning processes

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Fanny Dubois

  • Maître de conférences en sociologie du sport Laboratoire CRESCO EA 7419 INU JF Champollion et Université Fédérale de Toulouse

Le développement des compétences des dirigeants d’entreprise de tourisme sportif : le rôle des objets techniques et du processus de genèse instrumentale

Résumé : La présente étude consiste à apprécier la contribution des objets techniques dans le processus de développement des compétences des dirigeants d’entreprise de loisirs sportifs, leurs seules connaissances leur permettant difficilement de s’adapter aux évolutions rapides d’un environnement complexe (évolutions de la demande des usagers liées à de nouveaux modes de consommation, nouvelles formes de concurrence, etc.). À partir d’une étude de cas, la recherche montre que l’usage et l’appropriation d’outils numérique peuvent être à l’origine de la diversification des compétences des professionnels étudiés, en suscitant une activité réflexive et l’échange de savoirs et savoir-faire hétérogènes.
Mots clés : professionnalisation, développement des compétences, genèse instrumentale, tourisme sportif

The professionalization of skills in the sports tourism sector: the role of technical objects

Abstract : This study evaluates the part technical objects play in the process of developing the skills of heads of companies operating in the sports tourism sector. Indeed, it is difficult for their knowledge alone to allow them to adapt to the fast-moving changes of a complex environment (evolution of consumer demand due to new modes of consumption, new forms of competition, etc.). Based on a case study, research shows that the use and acquisition of digital tools can stimulate a diversification of skills in the population studied by generating a reflexive activity and an exchange of heterogeneous knowledge and know-how.
Keywords : professionalization, skills, sports tourism, technical objects

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Charlotte Dejaegher

  • Doctorante

Stéphanie Noël

  • Assistante dans le Département Éducation et formation

Jonathan Rappe

  • Chercheur en sciences de l’éducation

Marine André & Yves Depluvrez

  • Assistants de formation en sciences de l’éducation

Patricia Schillings

  • Professeur au département d’éducation et formation de l’Université de Liège – Faculté de psychologie, logopédie (orthophonie) et des sciences de l’éducation

Étude du développement professionnel de futurs formateurs d’enseignants disposant d’une expérience d’enseignant en secondaire inférieur

Résumé : Dans le cadre du cours de « Didactique professionnelle et formation initiale des enseignants » dispensé lors du master en sciences de l’éducation à l’Université de Liège, les étudiants-enseignants sont conduits à animer un moment de micro-enseignement (situation quasi professionnelle) suivi d’un entretien avec une accompagnatrice. La présente recherche vise à décrire le développement identitaire (Pastré, 2005) de cinq futurs formateurs d’enseignants (FF) au cours de ce dispositif de formation. L’influence de trois facteurs différents sur ce développement identitaire sera ensuite étudiée : l’effet du développement opératif, l’influence d’une expérience d’enseignant dans le secondaire inférieur et l’influence des postures adoptées par l’accompagnatrice lors de l’entretien.
Mots clés : didactique professionnelle, développement identitaire, formateur de formateurs, identité professionnelle

Professional development of future teacher trainers

Abstract : As a part of the “professional didactic and initial teacher training” course offered within the Master of Science in Education at the University of Liège, in-service teachers have to lead a micro-teaching situation followed by an interview with a training facilitator. The present research aims to describe the identity development (Pastré, 2005) of five future teacher trainers during this program. Three different factors of identity development are examined, as regards operational development, the effect of a teaching experience in lower secondary education and the influence of the training facilitator’s attitude during the interview.
Keywords : professional didactic, identity development, teacher-training, professional identity

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Stéphane Simonian

  • Professeur des Universités Laboratoire EA Éducation, Cultures et Politiques Université Lyon 2

Approche écologique des environnements instrumentés : comprendre le phénomène d’affordance socioculturelle

Résumé : L’approche écologique de l’affordance permet de proposer un cadre d’analyse holistique de la relation sujet-artefact-environnement. Le concept d’affordance y est compris dans sa dimension sémiotique et socioculturelle pour étudier les conditions favorisant la perception immédiate d’un artefact en vue d’une action. Il s’agit d’éviter de réduire l’affordance d’un artefact à ce qui en est fait mais d’y inclure plutôt les conditions qui permettent de rendre compte de ce qui est possible d’en faire (ou non), en intégrant dans l’analyse ce qui est susceptible de favoriser ou nuire au développement humain. C’est ainsi que le concept d’affordance est compris comme un médiateur de la relation sujet/environnement visant la transformation de son environnement par le sujet, mettant en tension le but qu’il poursuit et ceux d’un environnement institué en tant que résultante d’un ensemble de finalités qui échappent aux intentions du sujet.
Mots clés : affordance, artefact, environnement, écologie

Ecological approach to instrumented environments: understanding the phenomenon of socio-cultural affordance

Abstract : The ecological approach to affordance enables us to propose a framework for holistic analysis of the subject-artifact-environment interaction. The affordance concept is understood in its semiotic and socio-cultural dimension to study the conditions favoring the immediate perception of an artifact for action. This is to avoid reducing the affordance of an artifact to what is done with it, but instead to include conditions that make it possible to realize what it is (or not) possible to do with it, by integrating into the analysis what is likely to benefit or harm human development. Thus, the concept of affordance is understood as a mediator of the subject/environment relationship aiming at the transformation of its environment by the subject, incorporating constraints from the goal it pursues and those of an environment formed by a set of end purposes which go beyond the subject’s intentions.
Keywords : affordance, artifact, environment, ecology

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n° 53

L’analyse des pratiques professionnelles

 

couverture n° 53Éditorial

Note de synthèse

Jean Chami
L’analyse des pratiques professionnelles : quelques repères

Articles de recherche

Hélène Bezille, Nicolas Divert, Francis Lebon
En quête de légitimité(s) – Retour sur un dispositif de formation continue de professionnels de l’animation

Richard Wittorski, Catherine Clénet, Patrick Obertelli, Mélanie Tocqueville, Jean Paul Finot, Audrey Loury
Les apprentissages mutuels des particuliers employeurs et des salariés au domicile

Vie de la recherche en formation des adultes

Olivier Las Vergnas, Patrick Bury
Repérage des thèses intéressant les sciences de la formation des adultes :
identification d’un noyau dur et d’un second cercle de thèses à consulter

Comptes rendus de lecture

Afpa (2018). Le conseil en évolution professionnelle : rupture ou continuité ? Éducation permanente, Hors série 11, 208 p.
(par Françoise Laroye-Carré)

Antonio A. Casilli (2019). En attendant les robots : enquête sur le travail du clic. Paris : Seuil, coll. « La couleur des idées », 393 p.
(par Coralie Perez)

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Éditorial

Depuis une trentaine d’années environ, un courant international puissant s’est développé, tendant à faire de l’Analyse des pratiques par les professionnels eux-mêmes un outil majeur du développement de leurs compétences.
Il semble faire l’unanimité : il est promu à la fois par les institutions qui parlent quelquefois de « retours d’expérience », par les professionnels eux-mêmes qui y voient une affirmation de leur identité, et par des groupes d’intervenants qui se sont spécialisés en «analyse des pratiques professionnelles».
Tous y voient un intérêt social : la « mise en mots » par les praticiens de leur propre activité favorise le développement de leurs activités mentales sur leurs conduites et de leurs activités de communication d’expérience. L’analyse des pratiques peut faciliter coopération et conduite collective des actions. Elle prend sens par rapport aux différentes facettes du courant contemporain de la professionnalisation, lequel vise la transformation des différentes compétences liées à l’action (faire, « gestion » du faire, « rhétorique » du faire).

L’analyse des pratiques concerne tous les « métiers de l’humain » caractérisés par les interactions auxquelles ils donnent lieu : soin, où il a connu probablement ses premières manifestations, éducation et formation, travail social, management, travail culturel et même métiers de la sécurité…
Il reste que ce développement n’est pas dépourvu d’ambiguïtés :
– Ce qui est appelé « pratique » est souvent le discours que le sujet tient sur sa propre activité. Autrement dit, le matériau analysé est un discours, et un discours à enjeu de présentation de soi.
– Ce qui est appelé « analyse » se révèle souvent être une évaluation. L’analyse implique une mise en relation entre des faits, des existants. L’évaluation, elle, implique une mise en relation implicite ou explicite entre des faits et des souhaitables.
Il importait donc que la revue Savoirs porte une intention scientifique dans un domaine professionnel, la formation des adultes, où les démarches d’analyse sont souvent utilisées comme démarches de formation et les démarches de formation comme démarches d’analyse, et ouvre un dossier sur ces nouvelles pratiques ; et qu’elle lui consacre une note de synthèse inspirée à la fois par une expérience professionnelle d’analyste et une démarche de recherche.

Jean Chami, présente ces deux caractéristiques. Savoirs l’a sollicité pour cette note de synthèse. Il s’est efforcé notamment de répondre à six questions :
– Peut-on spécifier le champ de l’analyse des pratiques professionnelles et le distinguer notamment du champ de l’analyse des activités, de l’ana- lyse du travail ou de l’analyse des conduites ?
– Quels travaux dans l’espace francophone ont contribué à poser/clarifier la problématique de l’analyse des pratiques ?
– Comment a émergé le champ de l’analyse des pratiques ?
– Le champ de l’analyse des pratiques professionnelles est-il structurable ?
– Peut-on se préparer à l’analyse des pratiques professionnelles ?
– Quelles sont les tendances d’évolution du champ de l’analyse des pratiques professionnelles ?

Hélène Bezille, Nicolas Divert et Francis Lebon présentent ensuite un dispositif de formation de professionnels de l’animation assez proche de l’analyse des pratiques puisque fondé sur une reprise réflexive d’expériences scolaires, familiales et professionnelles, et rendant visible, à leurs propres yeux comme aux yeux de leur environnement, leur « chemin faisant ».

Dans un article collectif, Richard Wittorski, Catherine Clénet, Patrick Obertelli, Mélanie Tocqueville, Jean Paul Finot et Audrey Loury nous invitent à une vision renouvelée des apprentissages mutuels liés à une relation de travail, et pas n’importe laquelle : une relation de travail liée à une situation de vie, celle des particuliers employeurs et de leurs salariés au domicile.

Enfin, Olivier Las Vergnas et Patrick Bury, continuant à nous rendre l’éminent service de nous offrir un point de vue d’ensemble sur les recherches en formation des adultes, nous proposent dans ce numéro d’identifier un « noyau dur » et un « second cercle » de ces recherches.

Jean-Marie BarBier

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Communications de recherche
résumés

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Hélène Bezille

Professeure émérite de sciences de l’éducation LIRTES, Université Paris Est Créteil

Nicolas Divert

Maître de conférences en sciences de l’éducation LIRTES, Université Paris Est Créteil

Francis Lebon

Professeur en sciences de l’éducation CERLIS, Université de Paris

En quête de légitimité(s) –  Retour sur un dispositif de formation continue de professionnels de l’animation

Résumé : Bien que ce secteur d’activité soit souvent présenté comme transitoire et précaire, des professionnels investissent l’animation et y font carrière via le recours aux diplômes professionnels préparés dans le cadre de la formation continue. Dans cet article, nous nous intéressons à des personnels de l’animation engagés dans une double diplomation mêlant un diplôme professionnel et une première année de Master. Ils s’engagent alors dans une expérience de formation inédite pour eux, qui mobilise une pratique réflexive individuelle et collective organisée et étayée sur l’écriture, les échanges et les apports des cours. Ce dispositif en permettant une reprise réflexive d’expériences scolaires, familiales, professionnelles, rend visible « chemin faisant », des enjeux très puissants autour de ce que nous nommons « la montée en légitimité », tant dans l’univers du travail que dans le registre symbolique, en accédant à des savoirs et à des diplômes qui pouvaient leur sembler inaccessibles.
Mots clés : animation, expérience, formation, légitimité

In search of legitimacy – A look back at the mechanism of continuous education for professional animators

Although this business sector is often presented as transitory and precarious, some professionals do choose to make a career as animators through the use of professional diplomas prepared within the framework of continuous education. In this article, we will focus on professional animators taking a joint diploma that combines a professional qualification and that of a first year Master’s degree. They are embarking on a completely new training experience which mobilizes both individual and collective reflexive practices organized and supported by writing, exchange and lessons. By allowing for a reflexive approach to school, family and professional experiences, this educational method reveals “along the way” some very powerful issues around what is known as “the rise in legitimacy”, both in working life as well as at a symbolic level, as they gain access to knowledge and diplomas that might have seemed otherwise inaccessible.
Keywords: animation, animators, experience, training, legitimacy

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Richard Wittorski

Professeur des Universités en Sciences de l’éducation et de la formation, Université de Rouen, CIRNEF

Catherine Clénet

Maîtresse de conférences en Sciences de l’éducation et de la formation Université de Rouen, CIRNEF

Patrick Obertelli

Professeur à Centrale Supélec en Sociologie et Sciences de l’éducation et de la formation FOAP, Cnam Paris

Mélanie Tocqueville

Docteur en sciences de l’éducation et de la formation et responsable du département recherche chez Iperia l’Institut

Jean Paul Finot

Consultant management des compétences auprès de Iperia l’Institut

Avec la participation d’Audrey Loury

Doctorante Université de Rouen, CIRNEF

Les apprentissages mutuels des particuliers employeurs et des salariés au domicile

Résumé : Dans le contexte de l’emploi direct à domicile, cet article vise à présenter les principaux résultats d’une recherche portant sur les apprentissages mutuels entre particuliers employeurs et salariés, particulièrement des assistants de vie et employés familiaux. Au-delà de la représentation courante consistant à affirmer que les métiers du domicile sont « simples » et réalisables avec des « qualités personnelles », ils recèlent au contraire une véritable technicité mobilisant des compétences complexes à la fois d’organisation du travail et des différents espaces-temps que traversent les salariées au fil de leur expérience (notamment dans les situations de multi-employeur) et des compétences d’adaptation à des situations très variées conduisant à faire en permanence des choix et à se fixer des priorités.
Mots clés : emploi direct à domicile, apprentissages mutuels, professionnalisation

The mutual learning of individual employers and employees at home

In the context of direct employment at home, this article aims to present the main results of research into mutual learning between individual employers and employees, particularly carers and family employees. Beyond the com- mon representation that asserts that home-based jobs are “simple” and only require “personal qualities”, this research reveals, on the contrary, a real technicality mobilizing complex skills both in the organization of work and the different spaces and times that employees go through over the course of their experience (especially in multi-employer situations) and skills to adapt to a wide variety of situations, leading to constantly making choices and setting priorities.
Keywords: direct employment at home, mutual learning, professionalization

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Olivier Las Vergnas

  • Professeur des Universités, Université de Lille, Laboratoire CIREL-Trigone (EA 4354) et Université de Nanterre, CREF-AFA (EA 1589) olivier.las-vergnas@univ-lille.fr

Patrick Bury

  • PhD sciences de l’ingénieur, Société CleverMind patrick.s.bury@gmail.com

Note de l’auteur : les dernières données rapportées ici correspondent à des requêtes effectuées dans la base du Sudoc (sudoc.abes.fr) et celle des Identifiants et Référentiels (www.idref.fr) en avril 2020.

Repérage des thèses intéressant les sciences de la formation des adultes : identification d’un noyau dur et d’un second cercle de thèses à consulter

Résumé : Cet article est le sixième de la rubrique dédiée à la recherche francophone sur la formation des adultes. Il fournit d’abord la liste actualisée au 15 avril 2020 des 174 thèses repérées dans la base inte-runiversitaire Sudoc comme mentionnant explicitement ce champ et soutenues depuis le 1er janvier 2010 (dont 39 postérieures au 1er janvier 2018). Sachant que ce type de requête bibliométrique ne remonte automatiquement qu’environ 50 % des thèses jugées intéressantes par les chercheurs du domaine, l’article s’intéresse aussi à identifier un second cercle en rassemblant cette fois d’autres thèses : celles dont une partie significative est consacrée à des questions clefs de ce champ, sans pour autant que la thèse soit 100 % dédiée à une recherche en formation des adultes. Ainsi, autour du noyau dur, il décrit et caractérise un second cercle de 444 thèses sur la même période (dont 82 à partir du 1er janvier 2018) dont la lecture peut également avoir un intérêt pour les chercheurs en formation des adultes. Celles-ci ont été identifiées par une méthode en deux temps : un réservoir a d’abord été constitué avec toutes les thèses dont les jurys comportaient des jurés repérés comme « garants formation des adultes » ; ensuite on en a extrait par machine learning celles de ces thèses dont les résumés s’approchaient de sept thématiques représentatives de la recherche en formation des adultes.
Mots clés : publications de recherche, bibliométrie, lexicométrie, formation des adultes

Identification of theses relevant to the sciences of adult education: identification of a hard core and a second circle of theses to be consulted

This is the sixth article in the section dedicated to the observation of Francophone research on adult education. It first provides the updated list (up to 15 April 2020) of the 174 theses identified in the Sudoc inter-university database as explicitly mentioning this field and defended since 1 January 2010 (39 of which were defended after 1 January 2018). Knowing that this type of bibliometric search only automatically returns about 50% of the the- ses deemed interesting by researchers in the field, this article also seeks to identify a second circle gathering this time others theses: those of which a significant part is devoted to key issues in this field, without the thesis being 100% dedicated to research in adult education. As a result, it describes and characterizes around the hard core, a second circle of 444 theses (including 82 since 2018), the reading of which is also of interest to researchers in adult education. These were identified using a two-stage method: first, a pool of all the theses whose juries included jurors identified as “guarantors of adult education” was compiled. Subsequently, those theses whose summa- ries were close to seven themes representative of adult education research were extracted by machine learning.
Keywords: research publications, bibliometrics, lexicometry, adult education

 

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n° 54

Psychologie positive

couverture du n° 54Hommage à Pierre Caspar
Ingénieur, chercheur, pédagogue

Annonce
Biennale internationale de l’Éducation, de la Formation et des pratiques professionnelles

Éditorial
Note de synthèse :  Jean Heutte
Psychologie positive et formation des adultes :
le flow ou le plaisir de comprendre tout au long de la vie

Article de recherche :  Rachel Harent
Développement professionnel et construction de l’expérience de professeurs
du secondaire en coenseignement. Gestion de l’imprévu en classe de mathématiques

Vie de la recherche : 
Olivier Las-Vergnas, Patrick Bury
Analyse du corpus de référence des thèses françaises concernant
la recherche sur la formation des adultes soutenues depuis 2010 :
thématiques, rattachements et spécificités

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À Pierre Caspar,
Ingénieur, chercheur, pédagogue

Quand Pierre Caspar nous a quittés le 15 octobre dernier, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, le monde de la formation des adultes a perdu l’un de ses plus éminents inspirateurs et la revue Savoirs l’un de ses membres fondateurs.
Ingénieur civil des mines, Pierre Caspar complète sa formation initiale par un séjour d’un an à l’Université de Berkeley pour y travailler les mathématiques appliquées, puis par l’obtention d’un doctorat en sociologie. Il rejoint le Cuces (Centre universitaire de coopération économique et sociale) de Nancy dès 1963. Sous le magistère de Bertrand Schwartz, il y participera aux chantiers de reconversion industrielle des bassins miniers de Lorraine, participera à poser les fondements de l’ingénierie de formation, de la recherche en sciences de la formation alors émergente et, plus largement, à l’essor de l’éducation permanente.
En 1970, il fonde et dirige avec François Viallet, puis Guy Le Boterf le cabinet Quaternaire Éducation, modèle français fondateur des cabinets de conseil en formation qui se développeront au cours de la décennie suivante. Il sera appelé par Jean Auroux comme conseiller technique, puis chef de cabinet au ministère du Travail et au Secrétariat d’État à l’énergie de 1981 à 1983. À l’issue de cette expérience gouvernementale, il est nommé professeur et titulaire de la chaire de formation des adultes du Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) en 1983, position qu’il occupera jusqu’en 2001 avant d’y être nommé Professeur émérite. Il a par ailleurs assuré des responsabilités multiples dans diverses organisations françaises et européennes.
Pierre Caspar, avant tout, c’est un style. C’est la finesse de ses analyses par-delà les effets de mode et les allant-de-soi ; son ouverture d’esprit loin des débats de chapelle et des préjugés qui inhibent souvent le dialogue ; son souci de l’autre dans les rapports humains ; la pertinence de ses synthèses et son exceptionnel talent d’orateur… Pour les plus jeunes, difficile de le rencontrer sans l’admirer : il a été pour eux un modèle d’action et de culture scientifique.
Pierre Caspar, c’est également un visionnaire qui a rythmé plus de quarante années de développement de la formation des adultes grâce à ses nombreux livres et innombrables articles et rapports qui ont été autant d’inspirations majeures pour les débats du lendemain. Ses ouvrages ont ainsi scandé un demi-siècle d’évolution de la formation continue en France et constituent autant de références dans le patrimoine du milieu, depuis les origines de l’ingénierie de formation, entre conduite de projet et pédagogie des adultes avec Formation des adultes ou transformation des structures de l’entreprise en 1970, puis Pratique de la formation des adultes en 1975, jusqu’à son ouvrage en forme de bilan, La formation des adultes, hier, aujourd’hui, demain, en 2011. Parmi les multiples thèmes auxquels il s’est attaqué, retenons par exemple la question des investissements immatériels, avec ses travaux précurseurs sur la gestion des connaissances comme L’investissement intellectuel. Essai sur l’économie de l’immatériel (avec C. Afriat) en 1988, ou encore des métiers de la formation dans Profession : responsable de formation (avec M.-J. Vonderscher) en 1986 ou la coordination d’un numéro d’Éducation permanente sur La formation des dirigeants en 1993. Avant que le milieu et la société s’en emparent massivement au début du XXIe siècle, il avait su annoncer l’avènement de l’empire digital et son impact sur le développement des compétences, avec Le savoir à portée de la main en 1991, puis la direction de l’ouvrage Nouvelles technologies éducatives et réseaux de formation en 1998.
Sa coresponsabilité des quatre éditions du Traité des sciences et des techniques de la formation de 1999 à 2017 a donné lieu non seulement à un choix éclairé des thèmes, des chapitres et des auteurs qu’il a coordonnés, mais également à la rédaction du chapitre conclusif, à visée prospective, qui a été largement salué par de nombreux lecteurs et collègues et restera à la fois un texte puissant de réflexion historique et d’inspiration pour l’avenir.
Car Pierre a toujours su imaginer le futur tout en ancrant ses convictions à la fois humanistes et pragmatiques dans une solide connaissance de l’histoire et de la culture de notre milieu. Il en restera un Grand Témoin essentiel. Puissent ses derniers conseils servir de guides aux nouvelles généations d’étudiants et de professionnels de l’ingénierie de formation, eux et elles qu’il appelle à « … garder un équilibre entre des valeurs et des pratiques humanistes et la volonté de rationaliser les démarches pour progresser en rigueur et efficience » (Caspar, 2011)

pour le comité éditorial et le comité d’orientation de la revue
Philippe Carré
23 novembre 2020

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Biennale internationale de l’Éducation, de la Formation
et des Pratiques professionnelles
les 22, 23, 24, 25 septembre 2021
Paris ICP

En partenariat avec la Chaire Unesco-ICP « Formation professionnelle, construction personnelle, transformations sociales », la Biennale internationale de l’Éducation, de la Formation et des Pratiques professionnelles 2021 lance un appel à communications individuelles sur la thématique : Faire/ Se faire.
Elles seront regroupées en ateliers de communication croisant délibérément communications d’expériences et communications de recherches, en vue de favoriser les échanges entre partenaires professionnels et partenaires académiques.
Objectif principal
Donner à voir et soumettre à l’échange des expériences et des recherches croisant délibérément ce qui se passe du côté de la construction des activités et ce qui se passe du côté de la construction des sujets en activité.
Ces transformations sont largement conjointes et souvent silencieuses (Jullien).
On s’intéressera en particulier à la construction des parcours d’expérience, des gestes, des arts de faire, des performations, des habitudes d’activité et même des déformations professionnelles, bref de toutes les formes d’apprentissage et de transformation des sujets par et dans l’action. Et plus largement, à la construction des identités personnelles et collectives dans et par les champs de pratiques.
Question principale
Comment se construisent et se repèrent ces transformations simultanées ? Quelles approches pouvons-nous en avoir ? Que pouvons-nous en penser/que pouvons-nous en dire ?
Deux formats de communication
Cet appel sollicite deux sortes de contributions.
Des communications de recherches : elles analysent à partir d’un matériau identifié et avec des outils conceptuels des faits ou des phénomènes relevant de transformations conjointes activités/sujets (individuels ou collectifs). Elles seront appréciées et diffusées à partir de la qualité de la construction de la recherche et de l’originalité des savoirs produits.
Des communications d’expériences : elles sont relatives à la présentation d’expériences, de dispositifs, de politiques en lien avec le thème et ses déclinaisons possibles (voir ci-dessous) et ayant donné lieu à explicitation et formalisation précises par les auteurs/acteurs. Elles peuvent comporter par exemple un travail sur des récits d’expériences, des témoignages, des bilans et sur des éléments subjectifs présents dans l’action. Elles seront également appréciées et diffusées en fonction de ces critères.
Plus d’informations sur le site de l’événement : www.labiennale-education.eu
Soumettez votre communication  : www.labiennale-education.eu/communiquer

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Éditorial

Comment comprendre le titre de la note de synthèse proposée dans ce présent numéro : « Psychologie positive et formation des adultes.
Le flow et le plaisir de comprendre tout au long de la vie » ? Il peut en effet dérouter le lecteur dans un premier temps. Quels liens peut-il y avoir entre un courant récent de la psychologie et la formation d’adultes ? Que signifie le « flow » évoqué en sous-titre de la note ? Pourquoi s’interroger sur le plaisir de comprendre  ? Quelles recherches sont conduites dans ce champ ?
Jean Heutte, dès les premières pages, éclaire notre questionnement en synthétisant un ensemble de travaux assez peu connus dans le monde de la formation des adultes. Dans une première partie consacrée à la présentation générale de la psychologie positive (points 1 et 2), l’auteur situe la place de ce courant au sein des principales approches de la psychologie en rappelant les parentés avec la psychologie humaniste. Prenant le contre-pied des recherches en psychologie centrées sur les pathologies, les dysfonctionnements, les déficits cognitifs, la faible motivation, la psychologie positive s’intéresse aux capacités d’épanouissement des individus, au développement humain optimal, au bon fonctionnement des individus, au bien-être et au bonheur.
Apparue aux États-Unis au tournant des années 1990-2000, la psychologie positive a connu un essor important comme en témoignent les nombreuses publications nord-américaines citées dans la note. Jean Heutte n’élude pas les zones d’ombre de cette approche, les excès, les erreurs, les ambiguïtés ou les vulgarisations approximatives des concepts et notions.
Les pages consacrées aux « risques idéologiques » montrent bien l’impact du contexte économique libéral dans lequel est apparu ce courant : « Dans cette perspective, la psychologie positive américaine s’est développée selon les normes d’organisations caractérisées par leur orientation vers le marché, leurs initiatives entrepreneuriales et leurs multiples partenariats avec de grandes associations et entreprises » (p. 8). Dans le même ordre d’idées, l’auteur rappelle que la psychologie positive est l’expression d’une culture et de valeurs ancrées dans les sociétés occidentales « d’abondance ».
Les perspectives critiques sont donc présentes dans la note, même si Jean Heutte souligne aussi les procès d’intention, les rejets trop rapides, les suspicions non argumentées. In fine, l’auteur de la note met en évidence des signes d’évolution et de maturation de ce courant qui, selon lui, « s’inscrit résolument dans le champ de sciences empiriques basées sur des méthodes de recueil de données et de traitement qui choisissent explicitement de s’exposer à la réfutation, en cohérence avec les méthodes issues de la psychologie scientifique contemporaine » (p. 11).
Un des premiers intérêts de cette note de synthèse est donc d’appréhender la psychologie positive avec clairvoyance et objectivité, tout en fournissant aux lecteurs de nombreux éléments bibliographiques.
La seconde partie (points 3 et 4) est consacrée à l’explicitation d’un des concepts de la psychologie positive : le flow, traduit par l’expression « expérience autotélique ». Le flow se définit comme « un état d’épanouissement lié à une profonde implication et au sentiment d’absorption que les personnes ressentent lorsqu’elles sont confrontées à des tâches dont les exigences sont élevées et qu’elles perçoivent que leurs compétences leur permettent de relever ces défis » (p. 12). Le sentiment de fluidité mentale intense et de concentration procure un bien-être, que ce soit au cours d’activités artistiques, sportives, professionnelles, de loisirs ou en contexte d’apprentissage.
C’est Mihály Csíkszentmihályi qui a décrit ce phénomène pour la première fois dans un ouvrage en 1975 (Beyond boredom and anxiety), puis qui a théorisé davantage cette notion en 1990 (Flow: The Psycholog y of Optimal Experience). Cette théorie a donné lieu à des travaux dans différents domaines : le sport, les arts, la santé, le travail, l’éducation, l’usage des jeux vidéo ou d’internet, etc. C’est aux États-Unis que les publications sont les plus nombreuses, mais les pays européens ont aussi conduit, depuis les années 2010, des travaux basés sur ce concept de flow.
Jean Heutte montre bien comment il peut être utile en éducation et formation. C’est avant tout la formation initiale qui a servi de champ d’investigation. Peu de recherches empiriques concernent la formation d’adultes et les références de publications s’avèrent très peu nombreuses.
Cette note de synthèse a donc la particularité d’appréhender un domaine de recherche en formation d’adultes en tant qu’il est prometteur et émergent. Elle dévoile également les liens entre la théorie du flow et les recherches sur la motivation, le sentiment d’efficacité, l’autodétermination, l’apprentissage autorégulé. La théorie de l’ »autotélisme-flow » offre ainsi des perspectives complémentaires pour mieux appréhender les déterminants psychologiques de l’engagement et de la persistance en formation. Un exemple de recherches récentes sur ces déterminants est proposé. La note de synthèse laisse la place alors à une présentation de matériaux empiriques et de résultats à partir de plusieurs études, auxquelles l’auteur a participé, sur les comportements autodirigés d’apprenants adultes participant à des Mooc (Massive Open Online Course – Cours en ligne ouvert à tous). L’intérêt est alors de comprendre comment peut se mesurer le flow à partir d’échelles composées d’items précis et comment on peut le relier à d’autres variables comme l’autodétermination, l’autorégulation et les buts de compétences.
La fin de la note de synthèse a l’avantage d’ouvrir d’autres perspectives de recherches liées à la dimension psychosociale du flow : importance des communautés d’apprenance, articulation entre l’agentivité individuelle et collective dans le contexte de formation tout au long de la vie. Au total, la note de synthèse de Jean Heutte permet aux lecteurs d’appréhender un champ de recherche récent et prometteur. Elle met en débat des apports théoriques originaux en les documentant avec soin et donne à voir des investigations basées sur des données empiriques. Certes, la formation d’adultes représente un périmètre encore peu investi, mais c’est aussi le rôle des notes de synthèse de la revue Savoirs de faire connaître des courants théoriques peu connus en formation d’adultes et de discuter de travaux récents portés par des communautés scientifiques restreintes. L’avenir dira si la psychologie positive et la théorie du flow « tiennent leurs promesses » et éclairent les questions autour de l’apprentissage des adultes, du plaisir de comprendre et de la persévérance à se former tout au long de la vie.

Dans l’article qui suit, intitulé « Développement professionnel et construction de l’expérience de professeurs dusecondaire en coenseignement. Gestion de l’imprévu en classe de mathématiques », Rachel Harent s’intéresse au processus de construction de l’expérience professionnelle chez les enseignants en se focalisant sur une étude de cas précise : celle de l’analyse d’une séance de mathématiques en 6e, conduite en binôme. Partant du principe que les sujets apprennent de l’expérience lorsqu’ils sont confrontés à une difficulté, un obstacle ou à une incompréhension, les auteurs montrent comment l’imprévu, qui surgit en classe, peut être source de déstabilisation et d’étonnement chez les enseignants, donnant lieu ensuite à une démarche d’enquête porteuse de réflexivité et de développement professionnel.
L’article documente avec soin l’activité de deux coenseignantes et donne à voir les modalités de gestion des imprévus à partir de l’analyse d’enregistrements filmés de séquences didactiques et d’entretiens. Il débouche sur un questionnement concernant le coenseignement : à quelles conditions cette modalité rend-elle les démarches d’enquête encore plus concluantes et porteuses d’évolutions professionnelles ?

Enfin dans la rubrique « Vie de la recherche en formation d’adultes », Olivier Las Vergnas et Patrick Bury poursuivent l’investigation entamée précédemment dans la revue Savoirs sur les thèses françaises concernant la formation d’adultes. Le corpus est composé de deux groupes de thèses soutenues depuis 2010 : le « noyau dur » composé de 155 thèses et le « second cercle » de 444 thèses. L’analyse de cet ensemble permet de faire apparaître les disciplines et les établissements de recherche concernés. Elle donne aussi des informations sur l’âge des doctorants et la répartition par année de soutenance.
Enfin, les analyses lexicales explorent les contenus thématiques, divisés ici en six classes. Cette nouvelle contribution s’inscrit, comme les précédentes, dans le projet de proposer un état de la production francophone de connaissances dans le champ de la formation d’adultes.

Véronique Tiberghien

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Communications de recherche
résumés

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Rachel HARENT

  • Membre associée du CREAD – EA 3875
    Membre du séminaire de recherche « Activité et environnement de formation »
    Professeure des écoles et coordonnatrice d’un réseau d’éducation prioritaires

Développement professionnel et construction de l’expérience de professeurs du secondaire en coenseignement. Gestion de l’imprévu en classe de mathématiques

Résumé Le coenseignement est présenté comme un moyen de faire évoluer les pratiques enseignantes et comme une source de développement professionnel. Dans cet article, nous étudierons l’activité (Albero, Guerin et Watteau, 2019) de deux coenseignantes en collège. Pour ce faire, nous mobilisons le concept d’étonnement (Thievenaz, 2017) pour documenter un processus de construction de l’expérience (Zeitler, Guérin et Barbier, 2012) chez ces deux professeures de mathématiques confrontées à une succession d’imprévus didactiques (Perrenoud, 1999). En conclusion, nous questionnerons la place du coenseignement dans ce processus.
Mots clés : coenseignement, étonnement, enquête, construction de l’expérience, mathématiques, angle droit

Professional development and construction of the experience of co-teachers at the secondary level. Managing the unexpected in math class Abstract Co-teaching is presented as a means of improving teaching practice and as a source of professional development. In this article we study the activity (Albero, Guérin, Watteau, 2019) of two co-teachers in middle school. To do this, we use the concept of amazement (Thievenaz, 2017) to document the process of construction of experience (Zeitler, Guérin, Barbier, 2012) for these two mathematics teachers faced with a succession of unexpected SAVO_054.indb 65 15/01/2021 14:25:47 didactic events (Perrenoud, 1999). In conclusion, we question the role of co-teaching in this process.
Keywords: co-teaching, amazement, inquiry, construction of experience, mathematics, right angle

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Vie de la recherche

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Olivier LAS-VERGNAS

  • Équipe Trigone – CIREL, Université de Lille
    Équipe AP’FORD – CREF, Université Paris Nanterre

Patrick BURY

  • Société CleverMind – Datascientist

Analyse du corpus de référence des thèses françaises concernant la recherche sur la formation des adultes
soutenues depuis 2010 : thématiques, rattachements et spécificités

Résumé
Ce travail analyse le corpus de référence des thèses françaises concernant la recherche sur la formation des adultes soutenues depuis 2010 publié dans le précédent article (VdR6) de cette rubrique. Celui-ci est composé de deux groupes de thèses, le « noyau dur » et le « second cercle ». Le premier regroupe les 175 thèses explicitement centrées sur cette thématique et repérables par une simple requête bibliographique ; le second y ajoute 444 autres contenant des sous-parties éclairantes pour ce champ identifiées grâce à la composition de leurs jurys et une analyse automatique des termes employés de leurs résumés. L’analyse de ce double corpus confirme que les thèses du noyau sont aux trois quarts soutenues en sciences de l’éducation tandis que celles du second cercle ne le sont plus qu’aux deux tiers ; sur l’ensemble des deux listes, on constate aussi que l’âge médian des doctorants est largement plus élevé que dans les autres disciplines (10  ans d’écart avec la sociologie). Enfin, les analyses lexicales montrent que ce corpus peut se découper en quatre classes de thématiques (analyse de l’activité des enseignants, politiques de formation, apprentissages linguistiques des adultes, approches biographiques et identitaires) qui peuvent s’affiner en six (avec apparition d’une sous-classe liée à l’apprenance et aux soignants et d’une autre liée à l’autoconfrontation, l’analyse de l’activité).
Mots clés : formation des adultes, recherche doctorale, bibliométrie, âge des doctorants, composition des jurys de thèses

Analysis of the reference corpus of French dissertations concerning research on adult training
defended since 2010: Themes, links and specificities

This work analyzes the corpus of French doctoral dissertations on adult education defended since 2010, which was published in the previous article (VdR6) of this section. The corpus is composed of two groups of dissertations, called “hard core” and “second circle”. The first group includes 175  dissertations explicitly centered on this theme and was identified by a simple bibliographic query; the second one adds 444 other dissertations containing relevant subparts of the field, as identified through the composition of the board of examiners and the automatic analysis of the terms used in their abstracts. This twofold analysis confirms that three quarters of the “hard core” dissertations are harboured in educational science, while this scientific discipline represents only two thirds of the “second circle”. On both lists considered together, we also note that the median age of doctoral students is much higher than in other disciplines (10 years difference with sociology). Finally, lexical analyses show that the corpus can be divided into either four thematic classes (analysis of teacher activity, training policies, adult language learning, biographical and identity approaches) or six (with the appearance of a sub-class related to “learnance” and caregivers and of another one related to self-confrontation and activity analysis).
Keywords: adult education, doctoral research, bibliometrics, age of doctoral students, doctoral examination board